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Les Amis de Moret

Les carriers de la forêt de Fontainebleau

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Sur les traces des carriers de la forêt de Fontainebleau

C’est une nouvelle page de notre histoire locale et régionale que cette promenade – découverte organisée par l’Association « Les Amis de Moret et de la région », nous a permis de revivre ou de découvrir, en ce samedi 11 juin 2011, sous la conduite de Jean Pillot, membre du CA de cette association et membre des « Amis de la Forêt de Fontainebleau. Nous sommes partis sur les traces des carriers de la forêt de Fontainebleau avec notre guide, Jean, qui est un connaisseur passionné du sujet et de la forêt depuis une trentaine d’années.

Un groupe composé d’une vingtaine de personnes dont des adhérents des « Amis de Moret et la région » parmi lesquels, Roger De Barros, son Président et Andrée Blondin, sa trésorière, étaient au rendez-vous. Nous sommes donc partis pour une promenade en forêt de plusieurs heures pour rechercher avec notre guide, les traces de ces hommes, les « sans noms et sans grades » qui exploitèrent les carrières de grès pendant près de 600 ans... près de Moret.

Au cours de l’histoire, le grès permit d’élever des menhirs et des dolmens. Roche abrasive, le grès est utilisé comme polissoirs pour les haches. Il a également servi de supports pour l’art rupestre. On notera que le grès est une roche non gélive (qui ne gèle pas) mais dont la dureté ne permet pas qu’elle soit sculptée, contrairement au calcaire. Sa principale utilisation est la fabrication de pavés. En effet, les carriers de la forêt de Fontainebleau ont taillé le grès pour paver les rues, construire les fondations d’un bon nombre de maisons anciennes, d’églises, de châteaux et de nombreux ouvrages dans la ville de Moret-sur-Loing.

L’exploitation des carrières dans la forêt de Fontainebleau a cessé en 1907 ; Il en reste aujourd’hui des vestiges dont les plus remarquables sont des pierres empilées ou en vrac recouvertes de végétation.

Vestiges d’une carrière en forêt de Fontainebleau ©

 

La forêt de Fontainebleau

Le choix de Jean s’est porté sur la découverte de la carrière du Rocher de La Combe dans. La forêt domaniale de Fontainebleau qui s’étend sur 16 000 hectares. Une marche à travers les bois donne l’occasion à Jean de nous préciser que la forêt de Fontainebleau, deuxième forêt de France par sa superficie, est une création humaine. En effet, des chênes ont été plantés au XVIIème siècle, au temps de Colbert. Ces arbres ont approvisionné les chantiers navals et permirent à la France de concurrencer la marine anglaise et de devenir l’une des premières forces maritimes mondiales. Au XVIII et XIXème siècles sont plantés des pins sylvestres et maritimes.

En chemin, Jean nous signale qu’au dessus de nos têtes un balai de sorcière se trouve niché dans un pin sylvestre. Il s’agit d’une curiosité de la nature.

Balais de sorcière

Jean découvre aussi un alisier dont les fruits orange au goût de pomme seront comestibles dans plusieurs semaines.

A l’approche de la carrière, notre guide, lors d’une petite halte, nous présente à l’aide de documents et d’observations du terrain, les caractéristiques géologiques du lieu et s’attache à nous expliquer plus particulièrement la formation des grès.

En effet, des alignements grèseux s’étendent sur 120 km, de Rambouillet à Montargis. Jean explique que le grès est une roche composée de sable (quartz) cimentée par de la silice dissoute pendant une époque fort longue et lointaine où le bassin parisien était envahi par la mer. Il nous précise qu’une platière est une plaque de grès parfois longue de 3 km de long et d’une épaisseur variant de 3 à 10 mètres. Il sort de son sac à dos plusieurs fragments de grès qu’il fait scintiller au soleil. Il nous présente des crottes de loup de couleur

Nodule de forme arrondie ©

 

En forêt de Fontainebleau, les carrières furent presqu’intégralement exploitées entre le XIIIème siècle et la fin du XIXème par un nombre de carriers qui varia entre 400 et 2 000 hommes.

Le métier de carrier

Arrivée devant un front de taille de la carrière du Rocher de la Combe, Jean nous explique les tâches accomplies par les carriers, dans un paysage dont il est difficile aujourd’hui d’imaginer qu’il fut lunaire, où la végétation n’avait pas encore pris place, sous le soleil écrasant de l’été. Les carriers ne travaillaient pas l’hiver, mais, venant de Moret-sur-Loing ou de villages en bordure de forêt, ils partaient de leur logis, à la levée du jour et ne quittaient la carrière qu’à la tombée de la nuit. Les carriers, contrairement aux charbonniers, ne dormaient jamais dans la forêt. Les entrepreneurs occupaient 10 à 15 ouvriers carriers, répartis en batteries de 4 compagnons. Chaque maître carrier payait un droit de fortage pour exploiter les carrières de grès de la forêt, ce qui donna lieu à de nombreux conflits. Les compagnons carriers enlevaient d’abord la végétation au dessus du front de taille, puis décapaient le sol afin de préparer le plan de chute. La première phase de l’exploitation consistait à l’abattage d’un bloc, le plus important possible. Des coins en fer étaient disposés en ligne dans des mortaises appelées aussi "boites à coins" sur le dessus de la platière, permettant de détacher des blocs de 200, 300 voir 400 tonnes. Les carriers établissaient une distinction entre trois catégories de grès à partir de coups de marteaux frappés sur la roche. Les sons obtenus « pif, paf ou pouf » indiquaient la qualité du grès : grès dur ou vif (pif), franc, cohérent, « bien nourri » exploitable par les carriers (paf), mou et friable (pouf).

Dessin paru dans l’ILLUSRATION en 1846Grès laissés en place,il y a plus de 100 ans

Dans une partie de la carrière appelée « atelier », les carriers débitaient les gros blocs en blocs plus petits jusqu’à atteindre la dimension d’un pavé. Les écales formées par les grès sont les déchets restés sur place. Ces écales étaient utilisées pour former un chemin, créer un quai de chargement des pavés rangés dans des charrettes tirées par des chevaux.

Le transport des pavés jusqu’aux charrettes était effectué à dos d’hommes ou de femmes, comme l’illustre une reproduction présentée par Jean dont le sac à dos contenait une foule de documents judicieusement sélectionnés pour mieux nous éclairer.

Les_carriers-de_la-foret-de-fontainebleau-4Le rythme de production était de 6 pavés par carrier et par heure, durant une journée de 12 heures. La rémunération était fixée pour cent pavés. Souvent mal nourris, minés par la fatigue, parfois l’alcool et surtout la silicose, les carriers ne vivaient guère plus de 40 à 45 ans. Ils ne se spécialisaient pas et tous étaient capables de mener les tâches de l’abattage à la de taille des roches. Des carriers vivaient à Moret-sur-Loing, ville trouvant dans le grès les matériaux nécessaires pour la réalisation des fondations des maisons, des pierres d’angle des pignons, et de l’assise des remparts de la cité.

 

De retour à Moret-Loing et installé dans notre XXIème siècle où les routes et les rues ne sont plus que très rarement pavées ( hello mister Macadam !), le groupe, invité par Roger De Barrros, est venu prendre un rafraichissement au local de l’Association, rue des Granges.

Ce moment a été accueilli avec plaisir par tous. Il a permis de poser encore quelques questions à Jean Pillot. Ce dernier animera, à l’automne prochain, une nouvelle sortie en forêt mais cette fois, pour partir à la découverte des champignons. A vos agendas… Pour ma part, je ne manquerais pas d’y participer. Sylvie Poncelet

Reportage photographique © : Martine Hatton

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